quarta-feira, 12 de março de 2008

Democracia torna-se mais pura pelo uso das sondagens

Nem de propósito: este diálogo entre dois politólogos e cientistas sociais, Jacques Julliard e Alain Finkielkraut, pode servir de estímulo às apaixonantes discussões que atravessam a Opinião Pública
portuguesa. Ler o texto, na íntegra, clicando aqui Le Figaro. Julliard, próximo da Esquerda socialista francesa, mostra-se mais optimista do que Finkielkraut sobre os benefícios da democracia de opinião no jogo político e social das sociedades post-industriais da actualidade. De grande acutilância esta sua tese: “À medida que a democracia se torna mais permanente, mais a política politiqueira se torna difícil. A democracia de opinião aproxima-se do ideal inicial da democracia”.

“Passou-se de uma democracia pontual que se exprime no acto de votar a uma democracia permanente, cujos principais motores são os Média, a Internete e as Sondagens. Como se a Sondagem se tenha tornado não um instrumento de medida, mas um acto politico. Isso não quer dizer que a Democracia representativa tenha desaparecido mas, unicamente, não tem já o monopólio da expressão democrática”, sublinha Julliard, o número dois do semanário “Le Nouvel Observateur”.

Ao contrário do cepticismo de Frinkielkraut, Julliard não se revela nem descrente nem desconfiado sobre a extensão do funcionamento dos novos mecanismos democráticos sobre o estado da Opinião Pública. “Pelo contrário, não existe tirania da Opinião. Ao invés, existe uma possibilidade para a acção política se desenvolver graças à diversidade que implica que ninguém tenha o direito de falar em nome de todos. É o regresso às condições reais da Democracia: a dos cidadãos”.


« LE FIGARO. Jacques Julliard, vous affirmez dans votre livre que la démocratie d'opinion est devenue « La Reine du monde». En êtes-vous sûr ?
Jacques JULLIARD. La démocratie d'opinion se définit par rapport à la démocratie représentative, laquelleest fondée sur le suffrage universel qui désigne régulièrement ses représentants, maires, députés, etc. La nouveauté n'est pas l'apparition de l'opinion, qui a toujours existé dans les sociétés, mais le fait qu'on est passé d'une démocratie ponctuelle s'exprimant à l'occasion du vote à une démocratie permanente dont les principaux moteurs sont les médias, Internet et les sondages. Comme si le sondage était devenu non seulement un instrument de mesure, mais un acte politique. Cela veut dire non que la démocratie représentative a disparu mais qu'elle n'a plus le monopole de l'expression démocratique.
Alain FINKIELKRAUT. La démocratie d'opinion est un fait accompli,mais la politique démocratique ne doit jamais s'y résigner. Celle-ci vit en effetde la confrontation des points de vue.Or, les sondages et surtout leur exégètes parlent constamment de l'opinion, comme s'il n'y en avait qu'une, versatile certes, mais monolithique. Ce qui explique que l'on parle de l'opinion au singulier. Vous citez une formule de Bossuet : « L'hérétique est celui qui a une opinion (…). Mais le catholique est le catholique, c'est-à-dire qu'il est universel et sans avoir de sentiment particulier il suit sans hésiter celui de l'Église. » Aujourd'hui l'opinion, c'est quoi ?Ce n'est pas le fait pour un individu de suivre son sentiment particulier, c'est au contrairela soumission de chacun au sentiment universel. C'est l'opinion qui exige que nous fassions allégeance, que nous suivions ses verdicts ! Face à cette nouvelle et titubante église, l'hérésie doit avoir droit de cité, il faut remettre l'échange des opinions à l'honneur et les journalistes ont un rôle crucial à jouer.

N'est-ce pas la politique tout court qui devient impraticable sous la pression de l'opinion ?
J. J. Si Sarkozy n'est approuvéque par trente-cinq pour cent des Français, c'est bien la preuve que l'opinion n'est pas monolithique. Il n'y a donc pas de tyrannie de l'opinion, mais au contraire la possibilité pour l'action politique de se développer grâce à cette diversité qui implique que personne n'a le droit de parler au nom de toutle monde. C'est le retour aux conditions réelles de la démocratie : celle des citoyens.
A. F. Je constate qu'on ne dit pas «démocratie d'opinion» en mettant «opinion» au pluriel mais au singulier,et c'est révélateur. Les hommes politiques comparaissent perpétuellement devantle tribunal de l'opinion. Et c'est lui, aujourd'hui, qui exprime sa déception, voire son exaspération, à l'égard de Sarkozy.La pluralité est menacée par un tel système et aussi la durée, qui est la condition de l'action. Comment installer une politique dansle temps si vous êtes sommé de répondre à des sondages, c'est à dire à des humeurs, au jour le jour ? La popularité persistante du premier ministre tend pourtant à prouver que les Français ne sont pas si mécontents,et cela devrait inciter les journalistes à scruter la politique du gouvernement plutôt que de commenter indéfiniment l'impopularité du président de la République.
J. J. Si l'opinion parasite à ce point les hommes politiques, je ne vois pasce que vous objecteriez à un système qui l'empêcherait de se manifester ? Vous retrouvez la théorie du despotisme éclairé cher aux philosophes du XVIIIe qui reposait sur l'idée que l'opinion devait être limitée à un petit nombre de gens éclairés. De fait, plus la démocratie est permanente plus la politique y est difficile. Mais, de même qu'il y a eu un apprentissage du suffrage universel, il doit y avoir une éducation de l'opinion, car on ne reviendra pas en arrière. Je n'arrive pas à imaginer qu'on puisse interdire les sondages. On l'a fait durant les campagnes électorales mais on s'est aperçu que c'était illusoire, car les mêmes paraissaienten Suisse, en Belgique. C'est une difficulté supplémentaire dans l'art de gouverneret on aura besoin d'hommes politiques de plus en plus courageux. Mais vous ne m'enlèverez pas l'idée que la démocratie d'opinion nous rapproche de l'idéal initial de la démocratie.
A. F. J'ai peur qu'il ne soit pas possible de civiliser l'opinion. Si l'opinion devient un tribunal, qui jugera le juge ? Dans La Contre-Démocratie, Pierre Rosanvallon se réjouit de voir la politique arriver à l'âge de la défiance. À côté du peuple qui vote, voici le peuple qui juge, qui surveille, le peuple veto. Mais ce «peuple juge», on l'a vu à l'œuvre. Par exemple à Outreau, où le magistrat instructeur lui-même a «basculé» parce qu'il était porté par une opinion que l'affaire Dutroux avait chauffée à blanc et qui lui demandait des têtes. Des hommes politiques qui ont nagé dans le sens du courant ont pris le parti hystérique de réclamer emprisonnement,mises en examen et peines exemplaires, alors même que la culpabilité des accusés n'était pas attestée. Cette campagne médiatico-politique a-t-elle fait l'objet dans les médias d'une réflexion critique ? Non.

(…)

Où s'arrête au juste la démocratie d'opinion ? Quand dans son rapport Jacques Attali suggère que les élèves notent leurs professeurs, n'est-ce pas un de ses effets ?
A. F. Si notre démocratie était vivante, ce rapport aurait été lu pour lui-même. Cela n'a pas été le cas, à tort, car quand on le regarde avec attention on a les cheveuxqui se dressent sur la tête. Et si j'étais vraiment un nostalgique du despotisme éclairé, je me féliciterais de voir un aréopage d'experts internationaux transcender les clivages partisans, court- circuiter la représentation nationale et prendre notre destin en main. Mais cette avant garde de l'intelligence nous explique qu'en sixième, les élèves devront connaître le français, l'anglais, l'informatique, être initiés à l'économie et pratiquer le travail en groupe. Toute l'idée que l'Europe se fait de l'éducation désintéressée est ainsi «bazardée» pour un objectif qui cumule les deux inconvénients contradictoires de l'irréalisme et de l'adaptation au monde tel qu'il va. Et nos spécialistes de la solution des problèmes préconisent de surcroît l'évaluation des professeurs par les élèves, ce qui est une monstruosité. L'école est ce lieu où celui qui sait apprend à celui qui ne sait pas. Oublier que ce dernier n'a pas les moyens d'évaluer la qualité de la transmission, c'est effacerla différence entre le travail et le jeu, l'école et le spectacle, le Maître et le bateleur.Cette proposition est débile.
J. J. La démocratie n'a rien à faire dans une salle de classe. Il faut donc délimiter le domaine de la démocratie d'opinion. L'opinion a son sens chaque fois que les usagers sont en cause. En revanche, dès qu'il s'agit de la science, elle apparaît comme la forme inférieure du savoir. Prenons l'exemple de Wikipédia. Cette encyclopédie est typique d'une certaine confusion des genres où des opinions mal élaborées peuvent s'exprimer à gogo, sur tous les sujets. Imaginons un instant que Wikipédia ait existé à l'époque de Galilée, ce n'est certainementpas son point de vue qui l'aurait emporté.

Cette extension du pouvoir de l'opinion est un héritage de Mai 68 ?
A. F. Mai 68 a été une révolution tocquevillienne parée des oripeaux du marxisme. On a redécouvert Lénine et Mao, mais il s'agissait surtoutd'une accélération de l'idée selon laquelle rien ne doit pouvoir échapper au principe d'égalité et qu'il faut en finir avec les vestiges aristocratiques : la grandeur, la beauté, la haute culture. On a, dans le sillage de 68, voulu reconstruire l'école sur la base de cet absolutisme égalitaire. Plus de notes,plus de transmission des savoirs,mais construction par chacun de son savoir. Refus de hiérarchiser les élèves, mise en cause de l'idée républicaine de talent. J'ajoute que j'ai été un acteur de 68, j'en ai gardé de beaux souvenirs mais j'y ai vu aussi l'opinion effervescente. On dit partout que 68 a été un grand moment libertaire. Mais ce fut aussi un moment intensément mimétique, tout le monde faisait comme tout le monde !
J. J. Moi aussi j'ai participé avec joie au mouvement de Mai 68. On se libérait des autorités de commandement.Nous vivions dans une société où la famille, l'école, l'armée, l'entreprise étaient autoritaires. Mais il y a aussi une autre forme d'autorité, celle de la compétence, et on a vu cheminer l'idée qu'entre le savoir et l'ignorance, il n'y avait pas une telle différence puisque tous les citoyens ont des droits égaux. La bigoterie égalitaire de 68 a été nocive. Depuis Rousseau, on a considéré que la sincéritéétait l'expression supérieure de la vie sociale. Ce n'est pas vrai. La sincérité est une valeur importante, mais ce n'est pas avec elle que l'on construit une société. Voyezle nombre d'émissions de télévision où nous voyons des gens se déshabiller. Cela n'a rienà voir ni avec la démocratie d'opinion, ni avec le savoir scientifique.

(…)
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Le Figaro

FAR

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