terça-feira, 8 de janeiro de 2008

A Sarkogénie vista por Ph. Sollers

Claro que comprei, e já li e devorei , os dois últimos livros de Sollers. “Un vrai Roman.Mémoires” , na Plon Edit. E o outro “Guerres Secrètes”, na Carnetsnord. Ambas de Paris. Sabendo nós que Sollers trabalha na Gallimard como director literário. Nas Mémoires, que o Gérard de Cortanze já tinha revelado/desbravado um pouco no livro hagiógráfico que lhe dedicou, o autor de “Logiques” revela que fez as pazes com Derrida, pouco tempo antes da morte do filósofo admirável, que, por acaso, lhe dedicou um livro inteiro de análise, “La Dissémination”.

Bem. No texto que irão ler, Sollers diverte-se com finura e inteligência sobre as “fanfarronadas” do nosso pequenino Sarkozy. Ainda agora vi um trabalho da CNN- Paris sobre o evento quasi-nupcial do PR francês. Será que ainda ele está a tempo de se arrepender? Sollers garante que “Hollywood se esfarrapa de inveja”…Tudo isto terá a ver com a tenda, as amazonas e o resto, que Kadhaffi montou nos jardins do palácio presidencial de Paris? E o nosso escritor preferido recorda que Pascal dizia, siblino, que “uma coisa tão visível como a vaidade do Mundo seja tão pouco conhecida, que seja uma coisa estranha e surpreendente de dizer que é uma estupidez procurar as grandezas, isso é qualquer coisa de admirável”. Trata-se de uma dupla ironia, se bem entendem. Sollers não deixa passar em claro, o facto de Sarkozy não diferenciar Céline de Albert Cohen, “o gosto mais elementar exige uma opção”, frisa. Os pormenores picantes estão todos no texto, vistos e analisados sem dó nem piedade.


« Décidément, Sarkozy m'inspire, sa vie est un roman fabuleux, la mienne aussi, mais en sens contraire. Plus il s'étend à l'extérieur, plus je plonge à l'intérieur, et c'est pourquoi je le devine mieux que personne. Tout ce que je lis sur lui me semble faux, vieilli, superficiel, à côté de la plaque, sourdement jaloux, fasciné à l'envers. Il faut le dire une bonne fois: Sarkozy est le génie de notre époque, celle du spectaculaire intégral.

Parler à son sujet de "coups médiatiques", c'est ne rien comprendre au nouveau réel dans lequel nous sommes entrés. J'entends murmurer qu'il serait vulgaire: oui, sans doute, et alors? L'ère planétaire est vulgaire, et la dominer nerveusement n'est pas à la portée de n'importe qui. Sarkozy plus fort que tous les autres guignols du spectacle? C'est l'évidence, et tout patriote français devrait en être fier. Les pauvres Américains, à travers Time, se dévoilent en parlant de la mort de la culture française. Elle est pourtant là, ultravivante sous leurs yeux, et ils ne voient rien. La preuve: le même Time proclame le triste Poutine "homme de l'année". Quelle misère! Autre affirmation dérisoire: il n'y aurait pas, aujourd'hui, en France, un seul écrivain qui ait une global significance. Quel aveuglement! Je suis là, pourtant, je suis global, et ma significance est aussi variée que profonde. D'accord, on ne le sait pas assez, mais ça viendra. Pour l'instant, imaginez seulement qu'au lieu du couple idéal Sarkozy-Bruni, nous ayons aux commandes l'attelage poussif et provincial Ségo-Bayrou! A quoi n'avons-nous pas échappé ! Vive la France!

Toujours plus fort

Il y a eu le voyage en Chine, et Sarko, très à l'aise au milieu de l'armée en terre cuite rassemblée pour lui; sa mère, surtout, à qui le président chinois, ému, a offert un châle. Cette présence maternelle n'a pas été assez commentée, d'autant plus qu'une autre mère, celle de Carla Bruni, est arrivée par la suite. Les mères, les enfants, voilà qui est admirablement joué. La Chine? Bientôt les jeux Olympiques, et n'oublions pas que l'Opéra de Pékin est de construction française. Il y a eu ensuite Sarko en Algérie, les ruines de Tipasa, et le surgissement d'Albert Camus dans le discours présidentiel. Camus, c'est du solide, suivez mon regard, vers une union méditerranéenne et humaniste future. Il y a eu l'ébouriffante mise en scène de la visite de Kadhafi à Paris, sa tente, ses amazones, sa virée au Louvre et à Versailles, sa chasse à Rambouillet, son allure de seigneur hirsute et abrupt, ses déclarations de roi du désert, les indignations programmées qu'il fallait, les affaires. Quel film!

Il y a eu, il y a toujours, l'attente fiévreuse d'Ingrid Betancourt et la sollicitude permanente du président sauveur d'otages. Il y a eu le rapt de Carla à Disneyland, nouvelle percée à gauche, sabre dans le caviar, la mode, la chanson, les réseaux d'amants, la branchitude, Libération, Les Inrockuptibles, les fantasmes poussés à bout, la fuite en Egypte, les mystères de Louxor, l'annonce d'un mariage inouï et, pourquoi pas, d'un heureux événement (les mères sont là), bref, un modèle de campagne à l'intérieur des lignes ennemies, avec, en plus, promotion sociale du côté d'une très bonne famille italienne (aucune française n'aurait fait le poids). Franchement, avez-vous vu mieux depuis Bonaparte? Du haut des pyramides, quarante siècles contemplent cet exploit. Le Président est là, il jouit, il médite. Carla, le soir, lui chante doucement une berceuse, et Hollywood se convulse d'envie. Vous persistez à me parler du pouvoir d'achat, de l'augmentation des salaires et des sans domicile dans la rue? Quelle mesquinerie! Et le penseur mondial de la gauche radicale, Badiou, qui compare Sarko à Pétain! Quelle ringardise! Vous ne voyez donc pas ce soleil nouveau de la République se lever sur le Nil?

Encore plus fort

Là, le vieil anticléricalisme français en reste baba: Sarkozy chanoine, reçu par le pape, et vantant les "racines chrétiennes" de la France. Déjà la conversion tardive de Tony Blair au catholicisme avait de quoi inquiéter. Mais avec le chanoine Sarko béni par Benoît XVI en même temps que le sans-culotte Bigard, on atteint des sommets révolutionnaires. Les vieux cathos sont épouvantés, les anticathos stupéfaits: toujours l'attaque simultanée sur deux ailes, aucun doute, le génie militaire est là. Le Président cite, pêle-mêle, Pascal, Bossuet, Péguy, Claudel, Bernanos, Mauriac, Maritain, Mounier, René Girard, des théologiens comme Lubac et Congar. Il offre à Sa Sainteté son livre extraordinaire sur les religions et deux éditions originales de Bernanos, et s'attire une remarque courtoise du pape, à savoir qu'il a déjà lu cet auteur dans la Pléiade. Je vais proposer aux éditions Gallimard une publicité: "Le pape lit la Pléiade." Pas celle de Sade, assurément, mais sait-on jamais.

L'avenir nous dira si, par autorisation spéciale, le mariage de Sarko et Bruni pourra être célébré à Notre-Dame de Paris. Avouez-le: ce serait grandiose, et je ne manquerais pas de vous faire part de mes réflexions. Pour l'instant, juste un peu d'eau froide: puisque le Président s'est mêlé de citer Pascal, une pincée des Pensées ne lui fera pas de mal. "Qu'une chose aussi visible qu'est la vanité du monde soit si peu connue, que ce soit une chose étrange et surprenante de dire que c'est une sottise de chercher les grandeurs, cela est admirable." Quant à nos amis-ennemis américains qui nous voient culturellement morts, rappelons-leur tout de même qu'à ce jour, chez eux, 124 condamnés à mort ont été innocentés, dont 15 grâce aux tests ADN. Et soyons précis: dans plusieurs Etats, dont la Californie, où les prisons comptent plus de 600 détenus en attente d'être exécutés, des études ont mis en évidence le coût financier de la peine capitale (jusqu'à 70% de plus que pour une incarcération à perpétuité).
(…)
»
Ph. Sollers. LeJDD.fr

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